Avis de recherche : Le goût de l'effort
- Audrey LP

- 17 sept. 2025
- 3 min de lecture
Le progrès a toujours eu pour vocation de soulager l’homme de ses tâches les plus lourdes. Mais à l’heure de l’intelligence artificielle : que reste-t-il de la patience, de la persévérance et du goût de l’effort ?

Depuis toujours, le goût de l’effort a été au cœur de la formation des individus, qu’il s’agisse d’apprendre un métier, de gravir un sommet ou de maîtriser un savoir.
The art of delayed gratification is definitely a lost art. - Teri Hatcher
Le goût de l’effort d’hier
Avant l’ère numérique, l’effort intellectuel passait par la patience : chercher dans des bibliothèques, interroger des enseignants ou des pairs, prendre le temps de recopier, comparer et mémoriser. Cet apprentissage par la lenteur et la répétition forgeait non seulement la mémoire, mais aussi la persévérance. L’effort était alors une étape inévitable du processus d’acquisition des savoirs. Si la patience a semblé moins nécessaire avec l'arrivée d'Internet , un autre type d’effort s’est imposé : celui du tri, de la vérification et de la hiérarchisation. Les résultats de recherches vont alors demander à l’utilisateur de développer des compétences critiques pour discerner le vrai du faux, l’utile du superficiel. L’effort n’a donc pas disparu, mais il a changé de nature.
L'intelligence artificielle ou la facilité
Aujourd’hui, avec l’essor de l’intelligence artificielle, nous entrons dans une ère où une grande partie de ce travail préparatoire peut être évité, ce qui questionne profondément notre rapport à l’effort. Il ne s’agit plus seulement d’accéder à l’information, mais de déléguer une partie de la réflexion : résumés automatiques, rédactions générées, analyses toutes faites. La tentation est grande de laisser la machine mâcher le travail, au risque d’appauvrir l’expérience intellectuelle. L’effort devient presque optionnel. Les synthèses vocales proposent même d'éviter l'écriture et pire encore : la lecture est elle aussi faite par un robot. Pour ceux qui ne le savent peut être pas ; je suis enseignante. Un de mes élèves en grandes difficultés m'a demandé récemment pourquoi on passait autant de temps à lui apprendre la lecture pendant que le reste de la classe (de CM2) faisait d'autres activités. C'est bien entendu à ce moment que j'ai évoqué le pouvoir d'indépendance que représente la lecture. Inutile de vous expliquer combien mes jambes ont été sciée quand il m'a répondu "Pas besoin, Chat GPT lit pour moi."
La gratification différée

Elle désigne la capacité à résister à une tentation immédiate afin d’obtenir une récompense plus importante ou plus satisfaisante dans le futur. Cette faculté joue un rôle essentiel dans le développement intellectuel : elle favorise la patience, l’autorégulation, la concentration et la planification, des compétences clés pour apprendre, comprendre et progresser dans des domaines complexes. L’émergence d’Internet, des réseaux sociaux, de l’intelligence artificielle et de dispositifs technologiques toujours plus performants a profondément transformé le rapport au temps des jeunes générations. Elles évoluent toutes dans un environnement où tout doit être IMMÉDIAT : l’information, le divertissement et même certaines formes de création sont accessibles sans effort ni délai. Ce contexte à affaibli le goût de l'effort. La perte de cette compétence, pourtant essentielle, risque de compromettre la capacité à persévérer dans l’étude, à développer un esprit critique et à construire une pensée autonome et durable.
Conclusion ? Donnez un livre à votre enfant, ne lui expliquez pas comment les robots vous ont maché le travail. Proposer lui d'aller à la bibliothèque faire des recherches sur un thème qui le passionne. Offrez lui un atlas ou un dictionnaire illustré plutôt que la dernière voiture télécommandée. Proposer lui de faire un planning et de s'y tenir afin de réaliser un exposé sur un thème qui l'attire. Et surtout, surtout ne rendez pas instantanée la récompense, faites le travailler dur pour obtenir la chose la plus précieuse qu'il soit : la fierté d'avoir bien travaillé.



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