La "solastalgie" ou le mot qui décrit très exactement ce que je ressens.
- Audrey LP

- 13 août 2025
- 4 min de lecture
Il y a des tristesses qui ne viennent pas d’un deuil précis. Des angoisses sourdes, tapies dans l’ombre, quand on regarde la nature changer — trop vite, trop violemment. Un pincement au cœur en voyant une forêt rasée ? Une sécheresse répétée ? Une rivière transformée en filet d’eau ? Longtemps, je ne savais pas comment appeler ce que je ressentais.

Tu fais attention à ce que tu manges, mais tu commandes parfois sur Amazon. Tu prônes la sobriété, mais tu ne peux pas te passer de ton smartphone. Tu rêves d’un monde décarboné, mais tu as pris l’avion pour voir un proche. Es-tu une horrible personne, égoïste et autocentré ? Non. Tu es humain rien de plus.
La conscience écolo- quoi ?
Il s'agit de la perception de l’interdépendance des êtres vivants et de leur milieu, de l’impact des activités humaines sur les écosystèmes, et par conséquent de la responsabilité humaine à l’égard de la richesse et de l’équilibre des écosystèmes. - Lucie Sauvé
L'étymologie du mot « conscience » vient du latin cum scientia, qui veut dire « avec la connaissance ». Cela suggère que le sujet est bien renseigné sur l'objet. Selon Marie-Éve Marleau, « [le terme de] conscience environnementale (ou écologique) est apparu, surtout dans les sociétés occidentales, comme un phénomène social associé aux cris d’alerte environnementale des années 1960-1970 ». Elle désigne, donc le fait que l'homme est « conscient » de la situation écologique dans laquelle il se trouve, mais la « conscience écologique » désigne également la connaissance que l'homme peut (ou doit) acquérir concernant l'impact de ses activités sur la planète, ainsi que sa responsabilité envers l'équilibre de l'environnement, La prise de conscience, renverrait donc à un processus qui vise l'action ou en tout cas favorise l'engagement. En effet, l’éveil d'une conscience écologique permet d'introduire un processus réflexif, soit une réflexion sur les situations vécues pour en dégager des apprentissages et des réinvestissements d'apprentissages, concernant l'impact de nos actes sur l'environnement.

La conscientisation est-elle suffisante ?
Le paradoxe de Saint-Augustin donne à réfléchir sur le dilemme suivant : « pourquoi est-ce que je fais le mal que je ne veux pas et ne fais pas le bien que je voudrais ? ». Ce dilemme pourrait justement s'apparenter au domaine écologique. Il est souvent reproché à la conscientisation de ne pas être aussi avantageuse et surtout efficace qu'elle le promet. En effet, il est commun d'entendre parler « d'écart entre les connaissances, les attitudes et les émotions et le comportement environnemental » comme l'explique Marie-Éve Marleau. Le comportement environnemental est défini par deux scientifiques nommés, Anja Kollmuss et Julian Agyeman, comme étant « un comportement adopté par un individu qui décide, de façon consciente, de minimiser ses impacts négatifs sur les milieux naturel et construit ». Autrement dit, ces propos adressent, de manière implicite, le problème du passage à l'action. En effet, Marleau cite un duo de célèbres biologistes qui expliquent que la tradition contemporaine va de manière générale « vers l’action et non la réflexion, si bien que la vie personnelle est habituellement aveugle sur elle-même ». L'homme se dirigerait donc plus souvent vers une action ponctuelle, ou encore vers un simple discours prévoyant une action et non un tournant dans son mode de vie, ce qui serait bien plus efficace et sensé concernant le problème écologique qu'il cherche à adresser. Il semble donc évident que la conscientisation n'est qu'un premier pas vers les changements domestiques susceptibles d'impacter l'environnement. Le but principal de l'éveil de la conscience écologique est donc bien d'intriguer et diriger vers une transition écologique, soit l'adoption d'un mode de vie évolutif et durable, plus respectueux de la nature et de ses ressources. Le passage à l'action relève donc de plusieurs facteurs, dont l'éveil d'une conscience écologique ne représente qu'une infime partie.
Qu’est-ce que la solastalgie ?
La solastalgie est la douleur du déracinement dans un lieu que l’on ne quitte pas. - Glenn Albrecht
La solastalgie est un terme récent, inventé par le philosophe australien Glenn Albrecht, qui décrit une forme particulière de détresse psychologique liée aux changements environnementaux rapides et négatifs. Contrairement à la nostalgie — qui naît du fait de quitter un lieu cher : on est toujours chez soi, mais le paysage, le climat, ou l’écosystème autour de nous se dégradent, se transforment, souvent de façon irréversible. Ce phénomène provoque un mélange complexe d’émotions : tristesse, angoisse, colère, sentiment d’impuissance, parfois même un deuil écologique. Ces ressentis ne sont pas des pathologies, mais des réponses naturelles face à une perte, celle d’un environnement familier qui nous relie à nos racines, à notre identité. La solastalgie touche particulièrement les personnes très connectées à la nature — que ce soit par leur mode de vie, leur attachement aux territoires ruraux, ou leur engagement écologique. Elle est de plus en plus reconnue comme un enjeu majeur de santé mentale dans un monde confronté au dérèglement climatique et à la destruction des écosystèmes.
En conclusion, ressentir cette douleur, ce mal du lieu, c’est témoigner d’un amour puissant pour ce qui nous entoure. Plutôt que de fuir cette peine, apprendre à l’accueillir peut devenir une force — une invitation à agir, à créer du lien, à protéger ce qui reste. Dans ce mélange de tristesse et d’espoir, se trouve peut-être la clé d’une guérison collective, où nos cœurs blessés ouvrent la voie à un nouveau rapport au vivant. Car reconnaître cette douleur, c’est légitimer un ressenti souvent minimisé ou ignoré. C’est aussi une invitation à transformer cette souffrance en moteur d’action : se reconnecter au vivant, partager ses émotions, créer, militer, ou simplement prendre soin de la nature qui nous entoure.
Ensemble, on peut faire la différence !
- Audrey Xx



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